Je vous invite à prendre connaissance du discours que j’ai prononcé lors de ma Cérémonie de Voeux, le 26 janvier 2015 à l’Espace Lienhart d’Aubenas :
Discours de Sabine BUIS,
Députée de l’Ardèche,
Cérémonie de vœux,
lundi 26 janvier 2015
Monsieur le Sénateur (honoraire),
Monsieur le Président du Conseil général,
Mesdames et Messieurs les Conseillers régionaux et généraux,
Mesdames et Messieurs les Présidents de communautés de communes, Maires, et élus municipaux,
Mesdames et Messieurs les représentants des administrations de l’Etat et des collectivités locales,
Mesdames et Messieurs les représentants des différents corps constitués, des chambres consulaires,
Mesdames et Messieurs les représentants des différentes associations et entreprises,
Mesdames et Messieurs,
Chèr(e)s ami(e)s,
Pour la troisième année nous nous retrouvons le dernier lundi du mois de janvier à l’occasion de ma cérémonie de vœux. Vous êtes chaque fois plus nombreux. Je sais que vous y tenais. Moi aussi.
Comment vous exprimer mes plus profonds remerciements sans que cette expression sombre dans la banalité ? C’est avec simplicité et toute la sincérité qui me caractérise que je souhaite le faire.
Votre présence me touche. Certains viennent de loin. D’autres sont là pour la première fois. Quel que soit votre éloignement, quel que soit votre horizon, quel que soit même le regard que vous pouvez porter sur mon action, votre venue est importante pour moi. J’y suis très sensible. Peut-être plus encore aujourd’hui qu’hier.
La nouvelle année s’est ouverte sous le signe du deuil, du désarroi et de la colère. Des fanatiques, véritables marchands de haine, ont profondément pollué l’imaginaire de quelques individus et les ont transformés en automate de la mort.
Leur défi sanguinaire, ils l’ont inoculé au cœur même de notre pays. Au cœur de notre démocratie.
En condamnant à mort des journalistes sur notre propre sol, ils ont voulu faire croire que leur loi pouvait s’imposer à la nôtre.
En assassinant de sang- froid, lâchement, des policiers qui sont les gardiens de nos libertés, ils pensaient nous en priver.
En exécutant des innocents, au seul motif qu’ils étaient juifs, ils se sont attaqués à nos valeurs, à notre histoire.
Racistes, antisémites, incapables d’apprécier dans la vie humaine une quelconque valeur à préserver, ils parlaient au nom d’une religion dont tout concorde à dire qu’ils ne la connaissaient pas vraiment.
En agissant ainsi, ils se sont heurtés à notre conscience, à ce qui fait la France, à notre ADN.
Face à la terreur, face à l’intimidation, le peuple a répondu par l’indignation, la fraternité, le rassemblement.
C’est contre les ennemis du peuple, contre les ennemis de l’amour et de la fraternité que nous sommes en guerre et certainement pas contre une religion, elle-même outragée par ses actes immondes.
La république n’a pas fléchi, elle n’a pas tremblé. Les institutions sont restées debout. Le peuple s’est mis à marcher, en masse, par millions, sans distinctions de croyances, d’idées politiques ou d’origine sociale.
Le peuple a marché, il ne s’arrêtera plus !
Les français sont descendus dans la rue pour dire leur attachement viscéral, instinctif à la démocratie et à la République. Spontanément, des milliers d’Ardéchois se sont réunis à Aubenas, et partout ailleurs en Ardèche, avec une seule banderole : « Je suis Charlie ».
Aujourd’hui je suis fière de mon pays et de mes compatriotes. Je suis fière de la France, qui dans l’épreuve et dans l’adversité, sait incarner pleinement les valeurs qui sont les siennes. Je suis fière aussi, et je veux leur rendre hommage, des forces de l’ordre qui ont réussi à résoudre, sans que le triste bilan des disparus ne s’alourdisse, les deux prises d’otage qui ont conclu ces journées sanglantes.
Je sais que la date du 11 janvier 2015 restera dans l’histoire. Mais cette histoire il nous appartient de l’écrire ensemble.
Le terrorisme, la guerre, la souffrance du monde, nous avions fini par les regarder à la télévision d’un œil devenu discret. Nous avions même pour beaucoup oublié le sens de notre intervention militaire au Mali. Intervention qui résonne différemment aujourd’hui et qui montre là encore que nous avions raison, un peu seuls.
Les évènements tragiques de Paris nous ont rappelés à une certaine réalité. Et nous devons, ensemble, faire de cet électrochoc un nouveau départ pour notre société.
Dans les jours, les semaines et les mois qui viennent, nous devons tous être à la hauteur de cet élan d’unité nationale autour des valeurs de la République.
En mémoire aux victimes, j’aurai pu vous inviter à respecter une nouvelle minute de silence. Mais après le temps du recueillement et du deuil, je vous propose celui de l’engagement.
Lors de ses vœux télévisés, le président de la République en appelait à l’optimisme, à l’audace, à la création, disant que la France était un grand pays, qui pouvait faire face à la crise et s’en sortir.
Et on lui répondait : le moral des Français est au plus bas, les Français sont fatigués, déprimés, pessimistes, ils se replient sur eux, ils ne croient plus en l’avenir.
Et bien c’est ce même peuple que l’on disait déprimé, fatigué, pessimiste qui, parce que trois fanatiques ont abattu des innocents au cœur de Paris a su réagir avec force, unité et dignité.
Je veux d’ailleurs saluer l’action du président de la République qui a su prendre la mesure des évènements, les décisions qui s’imposaient et dire les mots justes, ceux que les français attendaient. En ces jours si particuliers, François Hollande a pleinement incarné et guidé la Nation.
J’en viens à notre responsabilité.
Je crois que depuis trop longtemps, les français ont pris l’habitude de se tourner le dos. La politique semblait s’exercer sur des sables mouvants.
Les mots paraissaient vides, les idées fades, les réalisations longues et laborieuses. Mais aujourd’hui, à nouveau, le tragique refait surface et la manière de faire et de vivre la politique en sera forcément impactée. Les mots doivent avoir du sens. Les actes doivent être francs et transparents.
Il nous appartient aujourd’hui de faire vivre l’esprit du 11 janvier.
Nous devons renouer le fil du vivre ensemble. Retrouver l’habitude de dialoguer entre générations. Dissiper le brouillard d’incompréhension qui s’est insinué entre l’opinion et les élus.
Nous devons être intransigeants sur tout ce qui menace les fondements de notre République. Une République rationnelle et morale à la fois : c’est la République laïque. Ne rien céder face à la délinquance quelle qu’elle soit, y compris celle en col blanc.
Nous devons poursuivre notre travail sur la laïcité. L’école est le lieu par excellence de ce travail d’apprentissage de la laïcité. « La laïcité de l’enseignement se confond avec le principe même de la République. La laïcité de l’enseignement, c’est la liberté et la raison dans l’éducation des consciences » écrivait Jean Jaurès. Et je voudrais ici rendre hommage à tous les enseignants qui essayaient de nous alerter depuis longtemps. Je pense aussi aux travailleurs sociaux, au monde associatif, à tous ceux qui ont joué et qui continuent à jouer ce rôle d’amortisseur face au malaise sociétal.
Nous ne pouvons plus les laisser seuls.
Le combat que nous avons à mener contre le terrorisme passe aussi par une reconstruction de notre système d’intégration et de transmission des valeurs.
La citoyenneté prime sur l’appartenance religieuse, être français est plus important que d’être juif, musulman, chrétien ou athée.
Dans les rues de France, il y avait une affirmation de dignité mais il y avait aussi un appel fort à l’Etat.
L’autorité de l’Etat, c’est l’affirmation d’une puissance publique qui ne perd pas le contrôle de ses territoires, qui assure la permanence des services publics partout et pour tous.
Il est tant que l’Etat réaffirme son autorité sur des champs qu’il a abandonnés peu à peu au prétexte de ne pas empiéter sur les libertés individuelles. Comment expliquer que les lois d’internet dans notre propre pays nous soient dictées par Google ? Comment comprendre que nous soyons à ce point impuissants face à des sites, des réseaux sociaux qui poussent nos enfants à de telles extrémités ?
En tant que mère, je suis inquiète.
En tant qu’élue j’avoue parfois avoir des difficultés à admettre la lâcheté de certains individus qui se servent des réseaux sociaux pour dénigrer gratuitement et caricaturer l’action publique. Les journalistes de Charlie Hebdo, eux, n’avaient pas de masque.
Un Etat qui, j’en suis convaincue saura convaincre l’Europe d’agir sur les politiques de solidarité, d’éducation, sur ses leviers sociaux. On récolte toujours la paix si on moissonne des services publics, de l’école à la sécurité, de la culture à la justice.
Il est temps de retrouver de l’enthousiasme.
Je trouve incroyable de constater qu’aujourd’hui l’avalanche de réformes conduites mènent les citoyens à les percevoir, justement ou injustement, comme anxiogènes, punitives. Nous devrions œuvrer pour permettre aux citoyens de retrouver l’enthousiasme du futur, l’enthousiasme de la mobilisation, de la transformation et de l’adaptation.
L’expression citoyenne, premier texte de loi que j’ai rapporté à l’Assemblée nationale, ne doit pas être salie. Ni travestie.
Cacher des ambitions politiques derrière un mouvement citoyen c’est desservir la démocratie et ne pas rendre service à la République. Le monopole de la légitimité citoyenne n’existe pas.
Notre Dame des Landes, Sivens, Center Parc … nous montrent à quel point l’arbitrage entre les intérêts divergents de la société civile peut être difficile. Ces exemples sont des échecs qui pointent cruellement le besoin d’inventer de nouvelles formes de gouvernance dans la conduite des projets.
Que se serait-il passé si nous n’avions pas été unis dans le combat contre les Gaz de Schiste ? Si élus et citoyens n’avaient pas su se parler, se comprendre ? Aujourd’hui encore je veux saluer le caractère responsable des collectifs qui ont permis de canaliser tous les débordements.
Nous sommes dans une période de métamorphose complète de notre société. Le vrai sujet est le projet sociétal et la société-territoriale que nous voulons.
Nous devons réformer mais à condition que cela se fasse dans un dialogue apaisé, construit.
J’ai récemment lu un extrait d’un livre intitulé « Heureux comme un Danois ». A priori les danois ont tout pour être malheureux si l’on regarde à travers notre prisme français. Il fait nuit à 5h, ils payent 70% d’impôts… Mais ils sont heureux ! Et à la question posée « avez-vous confiance les uns aux autres ? 80% des danois répondent positivement. Les Français ne sont que 25%. Il est absolument nécessaire que nous retrouvons ce sens de la confiance.
C’est ce que doit apporter la réforme des collectivités. Elle doit ramener de la vitalité sociale et de la proximité. Elle doit concilier l’attractivité et la proximité au besoin d’identité.
Nous ne vivons plus ensemble, nous cohabitons. La lutte des inégalités est en train de remplacer la lutte des classes et jette aux bas instincts des peuples, des bouc-émissaires, le juif, l’arabe, le chômeur, l’handicapé, le politique avec les terribles conséquences que l’on connait.
Il faut retrouver un projet social et territorial permettant de recapitaliser sur le vivre heureux dans un moment ou la croissance sera plus faible. Ne cherchons pas l’utopie de la croissance. Ou cherchons une autre croissance.
Ce projet sociétal et territorial nous l’écrivons ensemble. Les différentes images qui défilent derrière nous rappellent des moments forts de 2014. Ces images reflètent, en partie, mon activité parlementaire et les principaux évènements que nous avons partagés durant l’année qui vient de s’écouler. J’ai souhaité m’en contenter afin de ne pas trop allonger mon discours.
Pourtant, je ne peux pas vous quitter sans vous avoir dit:
– Que le 8 décembre 2014, c’était une partie de chacun d’entre vous qui se retrouvait dans les salons de l’Elysée pour mettre à l’honneur la castanéïculture ardéchoise. C’était notre Histoire, notre identité et notre futur.
– Qu’en 2014, en déplaçant l’Assemblée nationale en Ardèche, ce sont les acteurs ardéchois de la transition énergétique qui ont écrit la loi avec moi.
– Qu’en 2014, c’est l’aboutissement d’un projet sociétal et territorial qui a permis de voir la Grotte Chauvet classée au patrimoine mondial de l’UNESCO et de voir aboutir l’Opération Grand Site du Pont d’Arc.
– Qu’en 2014 j’ai toujours eu plaisir à vous rencontrer. En RDV, en mairie, sur le marché, dans un magasin, là où on ne s’y attendait pas. Nous avons échangé un regard, des paroles ou bien un sourire. Parfois même les 3. Ces moments là me nourrissent et sont mon énergie. Une énergie propre et durable.
En 2015 comme en 2014 je continuerai à être à vos côtés. Mais en 2015 comme en 2014 sans langue de bois et sans sujet tabou. Toujours dans le respect et la franchise. La transparence et la vérité. Sans confondre proximité et clientélisme. Dans l’enthousiasme de la transformation et de l’adaptation. Je sais pouvoir compter sur chacun d’entre vous. Comme vous pouvez compter sur l’équipe qui m’entoure. Nathaly dont le sourire raisonne dans la voix lorsqu’elle répond au téléphone. Marion qui a rejoint notre équipe cet été. Elle m’assiste à Paris et suit plus précisément le travail législatif. Un parcours remarquable. Bac S Mention TB dans un lycée albenassien puis Sciences Po, Les Etats-Unis et un Master à la Sorbonne. Mais par-dessus tout un attachement profond à l’Ardèche et une volonté de la servir. Et Emmanuel. Fidèle au poste. Rien des dossiers locaux ne lui échappe. Il ne lâche rien. Serge qui rend chaque instant inoubliable.
Je voudrais ce soir devant vous les remercier. Ils font un travail formidable et sont d’une patience implacable surtout avec moi.
Sans oublier Laurent, mon suppléant, qui fait un travail remarquable. Ses qualités et compétences sont unanimement reconnues.
En naissant dans les larmes, l’année nouvelle nous rappela que si nous sommes mortels, la République ne l’est pas.
Bonnes années à toutes et à tous.
Vive la République. Vive la France.
