Elections européennes ou la défaite du rêve européen

A la suite du scrutin de ce dimanche, l’élue socialiste et républicaine que je suis ne peut qu’exprimer sa profonde amertume au vu des résultats qui placent le Front national en tête.

C’est une double défaite : parce qu’en France un parti eurosceptique remporte le suffrage, et parce qu’en Europe, les socialistes et les forces progressistes arrivent en seconde position, et ne seront pas en capacité de proposer une autre Europe.

Je suis catastrophée par l’idée que le Front national soit le premier parti de France. C’est surtout le premier parti des contestataires. La preuve en est. A Aubenas, il y a quelques semaines, le FN a été incapable de monter une liste, aujourd’hui, il arrive aujourd’hui en tête avec 24,42% des voix. Cela signifie que demain les Ardéchois seront, en partie, représentés par des députés anti-européens, ce dont je ne peux me satisfaire. L’extrémisme est un danger, pas une solution.

Au Parlement européen, la gauche affaiblie ne pourra contrer la politique néo-libérale : ni harmonisation fiscale, ni harmonisation sociale, ni conquêtes sociales. La coalition conservatrice qui a mené l’Europe dans la crise est reconduite, et il sera toujours plus difficile de réorienter l’Europe vers des vraies politiques sociales.

Que l’on parle de « séisme » ou de « traumatisme » à la suite de cette élection qui comme au 21 avril 2002 place le Parti Socialiste en 3ème position, il faut prendre la mesure de ce vote. Montée de l’extrême-droite, abstention supérieure à 56% : c’est un vote de défiance vis-à-vis de l’Europe. La responsabilité est collective.

Il faut maintenant se remettre en cause, pour continuer à aller de l’avant. Elus comme citoyens. Rien ne serait pire que de refermer demain la page qui s’est écrite ce dimanche soir, et de se dire que c’est un simple problème de « communication » ou de « pédagogie ». Il faut respecter la parole populaire, et entendre le message adressé par les électeurs contestataires. A poursuivre dans le déni, le pays irait à la catastrophe.

Il faut inventer les solutions de demain. L’initiative ne viendra pas des seuls partis politiques, c’est de la société civile qui doit aussi, et sans doute surtout, monter les initiatives de « renaissance », afin d’empêcher la décomposition de la vie politique française et d’amorcer sa régénération. La solution ne viendra pas des instances technocratiques de l’Union européenne coupées du terrain, mais de la participation citoyenne : il faut faire confiance au peuple !