Commémoration du massacre du Hameau des Crottes

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Le dimanche 6 mars a eu lieu la commémoration du massacre du Hameau des Crottes, à Labastide-de-Virac.

Je vous invite à retrouver le discours que j’ai prononcé à cette occasion :

 

 

Madame la Sous-Préfête,
Monsieur le Sénateur et Sénateur Honoraire,
Monsieur le 1er Vice-Président du Conseil départemental,
Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les élu(e)s,
Mesdames et Messieurs les représentants des combattants,
Mesdames et Messieurs les représentants des corps constitués,
Mesdames et Messieurs,

Je souhaite adresser mes remerciements les plus chaleureux aux Anciens combattants de la Résistance en Ardèche pour leur fidèle présence à cette cérémonie commémorative, ainsi qu’à Monsieur le Maire et à sa municipalité qui en assure d’une façon exemplaire la pérennité.

Il y a comme cela quelques moments dans la vie, ils ne sont pas si nombreux, où l’on sent soudain la présence des lieux, l’intensité des souvenirs.

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Nous connaissons tous les événements tragiques du 3 mars 1944 à l’issue desquels une horde de SS assassinait odieusement 15 habitants de ce hameau.

Le souvenir des martyrs du massacre des Crottes nous rappelle à l’humilité. Ces femmes, ces hommes et ces enfants ne voulaient pas faire l’Histoire. En les emportant d’une manière si cruelle, elle les a magnifiés dans leur simplicité.

Ne vous méprenez pas, ces personnes étaient héroïques. Héroïques parce qu’en soutenant les maquis et la Résistance, elles réalisaient la prouesse de laisser le plus beau et le plus simple de l’humanité s’exprimer : le combat pour la justice et le juste.

Rendons-leur hommage car ces êtres humains soufflés par l’Histoire d’hier contribuent aussi à l’Histoire d’aujourd’hui.

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Car ici même s’est produit un crime, le pire des crimes, un crime contre l’humanité.

Alors que la débâcle se dessinait chez les occupants, une folie meurtrière s’empara de quelques-uns et les précipita sur le Hameau des Crottes.

Il ne s’agissait pas alors de combattre, il s’agissait de terroriser. Il ne s’agissait pas de se défendre, il s’agissait de faire un exemple, le plus horrible, le plus atroce, le plus insoutenable qui soit.
Impuissant face à la Résistance qui le harcèle, alors que tout est perdu pour lui, l’ennemi s’en prend aux femmes, aux enfants, aux vieillards. L’ennemi cherche à détruire ce qui lui échappe inexorablement.

Que se passe-t-il dans la tête de ces soldats, qui brusquement perdent toute humanité ? Ces hommes ne sont plus des Allemands. Ces hommes ne sont plus des soldats. Ces hommes ne sont plus des hommes. Ils sont des bourreaux.

Une barbarie qui appela ces mots d’André Malraux : « Survivants de la Résistance, vous pouvez vraiment dire, sans avoir besoin d’élever la voix, que vous avez combattu en face de l’enfer. »

Comment une telle sauvagerie est-elle possible ?

Cette question, c’est celle que tout homme se pose dans les silences sinistres du Hameau des Crottes, de Vassieux-en-Vercors, d’Auschwitz, ou bien encore récemment de Tien’anmen, de Srebenica, de Bangui, de Damas, de Kobané.
Question éternellement sans réponse car précisément, rien de tout cela ne devrait jamais avoir existé, rien de tout cela ne devrait exister.

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Les survivants du Hameau des Crottes ont voulu que la vie triomphe de la mort. Ils ont enterré leurs défunts, ils ont lavé le sang sur les pierres du mur. Sans rien oublier du drame et des douleurs, ils ont voulu se tourner résolument vers l’avenir.

Le souvenir tragique de ce 3 mars 1944 n’est pas une simple leçon d’Histoire. C’est avant tout une leçon d’humanité.

Car on comprend mieux ce que peut signifier le mot d’humanité quand on le confronte à l’inhumanité absolue. Comme on comprend mieux ce que veut dire la civilisation et pourquoi il faut la défendre quand elle se trouve confrontée à la barbarie la plus totale. Et je pense notamment au sacrifice actuel de nos soldats au Mali, en Centrafrique ou encore en Syrie.

Au Hameau des Crottes on comprend quel était l’enjeu de la lutte et pour quelle cause sacrée se battaient les armées alliées, la France combattante et la Résistance.

C’est au nom de cet idéal humain, de ces valeurs, de cette idée de la civilisation que tant de Français dans l’Histoire ont versé sang et larmes.

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Une nation ce sont des joies, des fiertés, des douleurs, des peines partagées. C’est aussi un idéal commun, des valeurs, une forme de civilisation.

C’est en se souvenant d’événements comme ceux qui se sont produits ici que nos enfants sauront où est leur devoir moral, et que nous, nous saurons où est le devoir moral de la France.

C’est en se souvenant que nos enfants sauront qu’il ne faut jamais transiger avec le totalitarisme, qu’il ne faut jamais transiger avec le fanatisme, qu’il ne faut jamais transiger avec le terrorisme. Ces idéologies qui transforment, des hommes en tueurs, en tortionnaires et en bourreaux aveugles.

Nos enfants savent ce que l’éternelle guerre civile européenne a engendré pendant des siècles comme malheur avant que l’Europe décide de s’unir pour que cela ne recommence jamais.

Demain ils devront savoir, et nous devrons nous en rappeler tous, qu’une Nation c’est d’abord la volonté de se défendre ensemble, pour nos valeurs.

Il y a quelques mois des terroristes ont tué, assassiné des journalistes, des policiers, des Français juifs, notre jeunesse attablée aux terrasses de cafés, des personnes connues ou des anonymes, dans leur diversité d’origine, d’opinion et de croyance.

C’est bien l’esprit de la France, sa lumière, sa liberté farouche, sa soif de fraternité, ce mélange si singulier de dignité, d’insolence, et d’élégance que l’on a voulu abattre.

C’est la France qu’on a touché au cœur, nous rappelant ainsi que la paix sur notre propre sol n’est pas acquise. Car pour les peuples comme pour les individus, tout se conquiert et se reconquiert à chaque génération.

C’est pourquoi comme aujourd’hui, nous nous consacrons à cette promesse d’honorer, partout et toujours, les principes qui sont bafoués par les bourreaux d’hier mais aussi ceux d’aujourd’hui.

Promesse de défendre les droits de l’Homme chaque fois qu’ils sont violés. Près de chez nous ou loin d’ici.

Promesse de refuser l’inacceptable partout où il se produit.

Cette vigilance, cette intransigeance, nous les devons aux suppliciés du 3 mars 1944. Souvenons-nous des familles Alcaini, Galizzi, Boyer, Manifacier et Brunel.

Ils nous rappellent à nos devoirs. Ils parlent à nos consciences. Ils sont les témoins qui brisent l’indifférence quand elle devient lâcheté.

Vive la République !
et Vive la France !