Aujourd’hui, nous fêtons la journée nationale de la résistance. Celle-ci a marqué, il y a 71 ans, la tenue de la première réunion, du Conseil National de la Résistance (C.N.R), acte fondateur de la Résistance française à l’occupation allemande. Cette journée est l’occasion de se souvenir de ceux qui ont donné leur vie pour cette lutte, de les en remercier, et de poursuivre l’oeuvre qu’ils ont accomplie, souvent dans le sang, la sueur, et les larmes.
Aujourd’hui, nous célébrons le courage de ceux qui ont permis de libérer la France. En Ardèche notamment. Au début de l’année 1944, les maquis ardéchois étaient déjà nombreux mais l’annonce du débarquement provoqua une vague d’engagements considérable dans la résistance armée. Ceci à tel point que fut proclamée dès le 6 juin, la République d’Annonay, éphémère mais lourde de symboles. C’est cette même résistance ardéchoise acharnée qui libéra Privas lors de la bataille du Coiron. C’est également celle-ci qui, en août 1944, avait déjà libéré notre territoire du pouvoir nazi. Ces victoires et la libération de l’Ardèche sont celles d’hommes et de femmes de l’ombre dont les sacrifices ne doivent pas être oubliés.
Aujourd’hui, nous devons nous rappeler combien ce sacrifice a été grand pour ces héros du quotidien qui n’ont pas cédé à l’individualisme et à la haine de l’autre. Ils ont refusé une société et un pouvoir politique dont les valeurs étaient inacceptables. Ils se sont sacrifiés pour que ces valeurs rétrogrades et dégoûtantes ne soient pas celles de la France, de l’Europe, et du monde. Ils ont accepté de lutter et de mourir pour faire vivre la paix entre les peuples et l’intérêt général. Ils sont ces grands hommes et grandes femmes qui ne sont pas entrés au Panthéon et qui n’y entreront peut-être jamais. Pourtant, la patrie leur est reconnaissante. Ils ne seront jamais assez remerciés ni assez glorifiés. Pourtant, ils sont les pères et les mères de la France libre, de la France de l’humanisme, et de la France de la solidarité. Ils appartiennent au passé et à l’histoire. Leurs idées, leur combat et leurs souffrances imprègnent notre société.
Aujourd’hui encore, ces valeurs et idéaux qu’ils ont portés dans le programme du C.N.R, façonnent notre modèle économique et social. Leur héritage est considérable : suffrage universel, liberté de la presse, sécurité sociale, … Pour tout cela, nous ne les remercierons certainement jamais assez. Toutefois, ils doivent demeurer une source d’inspiration immense, surtout dans un nouveau moment de l’histoire contemporaine où leurs valeurs ont tendance à être bafouées. Voyez ainsi les foules inquiétantes de citoyens anonymes qui défilaient le 26 janvier dernier lors du « jour de colère » en clamant des slogans d’un autre temps : ceux de la haine raciale, de l’antisémitisme et d’un conservatisme primaire rappelant les heures les plus sombres de l’histoire. Voyez également les responsables des partis politiques de premier plan qui banalisent des discours populistes et xénophobes, stigmatisant des « ennemis intérieurs » bien souvent fantasmés.
À ceux-là, nous ne pouvons pas répondre par les armes mais par les idées et par les urnes. À ceux-là, nous devons rappeler qu’il y a 71 ans, des Français se sont élevés pour refuser la barbarie. À ceux-là, nous devons dire que 71 ans après, nous portons toujours les valeurs politiques de la Résistance et que nous ne laisserons jamais plus gagner la politique du repli sur soi et du rejet de l’autre. À ceux-là, nous devons montrer que la solution n’est pas dans ces idées simplistes mais qu’elle est dans la tolérance et la solidarité, dans ces principes qui ont guidé le programme du C.N.R et qui doivent continuer à nous guider.
Aujourd’hui, honorer la résistance et son héritage, c’est continuer à lutter, à l’image des défenseurs de la République et des libérateurs du passé, contre le patriotisme aveugle, le populisme, le racisme et pour la démocratie, la justice, l’égalité, et la solidarité entre tous.