Photovoltaïque : mon discours à l’Ambassade d’Allemagne

Ce jeudi 10 avril, j’ai prononcé le discours de clôture d’un cycle de conférences organisé par l’Office franco-allemand pour les énergies renouvelables et par l’INES, qui se tenait à l’Ambassade d’Allemagne à Paris, et qui portait sur les nouveaux modèles de consommation et de commercialisation du photovoltaïque. Retrouvez ici l’intégralité de mon discours.

Discours de clôture de Sabine BUIS

Députée de l’Ardèche, Conseillère régionale Rhône-Alpes

10 avril

Seul le prononcé fait foi

Mesdames, Messieurs,

A l’heure de la clôture de ce cycle de conférences sur les nouveaux modèles de consommation et de commercialisation du photovoltaïque, je tiens avant toute chose à vous remercier chaleureusement, vous qui avez fait de cette journée un véritable succès.

Merci une nouvelle fois à l’Ambassade de la République fédérale d’Allemagne d’avoir été notre hôte. Merci à l’Office Franco-Allemand pour les Energies Renouvelables, et notamment à sa Directrice Mélanie Persem, ainsi qu’à l’INES, à travers son Directeur Jean-Pierre Joly pour cette initiative qui ouvre de nombreuses portes. Je tiens en outre à saluer Arnaud Gossement, pour son professionnalisme, son dynamisme et son impartialité dans les débats. Des débats riches, de haut niveau, savamment orchestrés. Merci enfin à tous les intervenants, qui, rassemblés par la volonté de construire le monde de demain, ont apporté de précieuses contributions, toujours éclairées et constructives.

Car c’est bien le monde de demain que nous devons inventer. Un monde où les thématiques énergétiques ne peuvent plus être abordées de la même façon, avec une vision cloisonnée, et court-termiste. Il s’agit désormais de s’inscrire dans le cadre d’une politique globale : celle de la lutte contre le dérèglement climatique. Les menaces que font peser ce dérèglement ne sont plus à prouver : réchauffement global, fontes des glaces, épuisement des ressources, perte de la biodiversité, des espèces, déforestation, désertification, déplacements de population, entre autres.

Ces bouleversements écologiques font craindre quant à l’équilibre politique de notre planète, redéfinissant les équilibres tant économiques que géopolitiques.  Les récents rapports du GIEC, ou des grands groupes de prospective, ne laissent plus de place au doute, au scepticisme, et  nous mettent face à cette urgence. Le discours écolo-sceptique n’est pas une simple opinion, c’est un danger,  une exhortation à maintenir ce statu quo qui retarde toujours plus et rendent plus difficiles des changements nécessaires.

Si gouverner c’est prévoir, alors il faut  agir dès maintenant, et prendre ses responsabilités. C’est d’ailleurs dans cet esprit que la France accueillera la 21ème conférence sur le climat ou COP 21 à Paris en 2015, en vue de trouver un accord international d’harmonisation des politiques climatiques, de définition d’objectifs communs contraignants, et de développement des énergies renouvelables.  Cet accord devra enfin mettre en œuvre un changement de paradigme, prenant en compte le défi climatique non comme un nécessaire « partage du fardeau » des émissions, mais également comme une opportunité de créations d’emplois et de richesses, d’invention de nouveaux modes de production et de consommation. J’y vois là un lien étroit avec le programme de  cette journée.

On ne souligne pas assez, à mon sens, la nécessité de travailler en commun au niveau international sur les questions énergétiques et environnementales. Face à des menaces globales, toute réponse efficace est nécessairement transnationale et décloisonnée. C’est pourquoi je crois profondément à la coopération bilatérale entre l’Allemagne et la France. L’Office Franco-allemand pour les énergies renouvelables est d’ailleurs un bel exemple de ce que peut être une coopération efficace et féconde entre nos deux pays.

Je vois dans le couple franco-allemand un moteur pour l’Europe, et notamment dans le domaine de l’énergie. Nos deux nations ont su, par le passé, engager l’Europe dans la voie de la réconciliation et de l’amitié entre les peuples, comme en attestent les 50 ans du traité de l’Elysée. Il faut maintenant relever un nouveau défi, et engager l’Europe dans la voie de la transition énergétique. Il est nécessaire d’avoir un leadership fort sur ce sujet, et seul le couple franco-allemand peut avoir ce rôle moteur pour notre continent, et ce avant toute chose, en donnant l’exemple.

Je souhaite ici souligner les vertus du partage d’expériences des deux côtés du Rhin. L’Allemagne a fait le choix courageux d’une politique énergétique volontariste et ambitieuse, même si elle se heurte à quelques difficultés aujourd’hui. Cela ne doit pas nous refroidir, les difficultés de l’Allemagne peuvent être les leviers de la France.  Et c’est aussi en ce sens que la coopération est importante. S’il y a une chose dans cette expérience sur laquelle on peut s’accorder, c’est bien l’impérieuse nécessité du passage à un nouveau mix énergétique moins dépendant des énergies fossiles. Il ne peut en être autrement, l’avenir passe par les énergies renouvelables, par l’énergie solaire et donc le  photovoltaïque.

Alors que notre croissance est aujourd’hui atone, en panne, je vois là un excellent moyen de la relancer. Mais, la croissance ne se décrète pas, elle se stimule. N’attendons pas qu’elle revienne, ne créons pas des conditions artificielles de son retour. Nous devons construire un cadre propice à une nouvelle croissance, verte, durable et responsable. Celle qui s’accompagne de l’amélioration du bien-être de tous. Et ce cadre-là, je vous l’accorde relève pour beaucoup du pouvoir politique. Sur ce point, je prends ma part de responsabilité.

Les possibilités de développement sont immenses, et les créations d’emplois associées le sont tout autant : la transition énergétique est un vivier d’emplois pérennes et non-délocalisables. Outre-Rhin, le secteur des énergies renouvelables emploie 400 000 personnes, contre 100 000 en France. Par ailleurs, différentes études présentées lors du débat national sur la transition énergétique estiment à 825 000 le nombre d’emplois potentiels à l’horizon 2050 en France. Il y a donc là la preuve que la transition énergétique est pertinente du point de vue énergétique, mais aussi du point de vue de l’économie et de  l’emploi.

Cependant, la confiance que j’exprime dans ce nouveau modèle de développement n’exclut pas la vigilance et la prise en compte d’un certain nombre de risques. Les solutions avancées doivent être non-seulement crédibles et réalistes, mais aussi responsables et exemplaires. A l’heure où nous élaborons le Projet de loi sur la transition énergétique, les regards se tournent vers les nouvelles filières. C’est une lourde responsabilité que d’incarner cette transition, nous n’avons pas droit à l’erreur. C’est pourquoi il faut établir les bases d’un modèle viable et savoir tirer les leçons des échecs passés.

Il demeure des questions techniques, juridiques et politiques. Sur les premières, l’expertise qui est la vôtre et cette journée de discussions permettent d’apporter un certain nombre d’éléments de réponse. Sur les dernières, il nous appartient de démontrer que les nouveaux modèles de consommation et de commercialisation du photovoltaïque sont au service de tous sans exclure certaines catégories de la population.

En tant que Députée, seul l’intérêt général m’anime et me guide. Le développement du photovoltaïque, comme toute autre forme d’énergie, doit s’inscrire dans le respect le plus profond de l’Esprit républicain s’appuyant sur les principes de liberté, d’égalité, de fraternité et de solidarité.

Si la réflexion sur l’autoconsommation a toute sa place il nous appartient de mieux la définir. L’autoconsommation, j’y crois et je ne veux pas la desservir en mettant de côté un certain nombre de questions dont le passage sous silence pourrait nuire à son juste développement. L’autoconsommation : de quoi parle-t-on ?  Pour qui ? Comment ? Sous quelle(s) forme(s) ?  Certaines réponses ont été ici avancées. D’autres devraient l’être à l’issue de la réflexion qui est menée dans le cadre du groupe de travail au Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie. J’attends beaucoup de ses conclusions notamment pour nourrir le travail sur la loi de transition énergétique. La solidarité énergétique doit s’imposer en écho de la loi sur la transition énergétique.

Mesdames et Messieurs,

Je considère que jamais la période n’a été aussi propice pour le développement des énergies renouvelables et le photovoltaïque doit y trouver toute sa place. Avec la nouvelle Ministre de l’Ecologie Ségolène Royal, numéro 3 du Gouvernement ; avec les positions affirmées de ce même Gouvernement sur le sujet, reprises d’ailleurs dans le discours de politique générale du Premier Ministre Manuel Valls ; et avec les engagements pris par le Président de la République lors de la Conférence environnementale, il a une fenêtre d’opportunités grande ouverte. La volonté politique est affirmée, et les actes doivent nécessairement suivre.

La loi de programmation sur la transition énergétique, sujet sur lequel je travaille depuis plusieurs mois, sera présentée au Parlement au mois de juin. Le Premier Ministre a confirmé le calendrier. Au vu des premiers éléments dont nous disposons, il est permis d’espérer une loi ambitieuse dans de nombreux domaines.

J’appelle de mes vœux une loi qui ne sera pas une baguette magique mais une boite à outils complète. Des outils qui permettront, non seulement à l’Etat mais aussi aux élus locaux, aux entreprises et aux citoyens de s’emparer de leur avenir énergétique. Nouvelle génération politique, nouveau système énergétique axé sur les renouvelables, nouveaux modèles citoyens de consommations : c’est ce qu’il est permis d’attendre.

Le dialogue doit être mis au centre de cette démarche de changement de paradigme : dialogue entre les pays, à l’image du couple franco-allemand, dialogue entre chercheurs, élus, citoyens… C’est en mettant la participation citoyenne au centre de nos préoccupations, en prônant un dialogue ouvert et transparent, comme ce fut le cadre dans le cas du Débat National sur la transition énergétique, que nous servirons la cause environnementale. Nous devons savoir évoluer pour s’adapter, aller vers le bien-être collectif et faire advenir le progrès social.

Mesdames et Messieurs,

Pour conclure je dirai que la tâche est grande, mais les espoirs aujourd’hui soulevés le sont tout autant. Comme l’affirmait le poète allemand Rainer Maria Rilke : « Il faut s’en tenir au difficile. Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté. »

Mesdames  et Messieurs, je vous remercie de votre attention et vous souhaite une très bonne continuation.